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février 15, 2021

Voyage en Humanité

La nuit a été courte. En fait, il n’a pas dormi.

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D’une part, il a voyagé en train-couchettes et il a toujours eu horreur de ça. Impossible de dormir dans ces compartiments. Et d’autre part, sa vie est sur le point de changer de façon dramatique. Il le sait. Il est stressé, mais excité en même temps.

Le train arrive en gare à Paris. C’est le mois de décembre. Paris en décembre, c’est gris longtemps…

Le train s’immobilise. Tout le monde est dans les couloirs, prêt à débarquer. Il a tellement de bagages, qu’il lui faut attendre que tout le monde soit sorti pour pouvoir sortir à son tour.

Le voici sur le quai. Un raz de marée humain déferle en direction de la sortie de la gare. Il est à l'extérieur devant la gare. C’est la cohue pour avoir un taxi. Avec tous ses bagages, il n’aura pas le choix, impossible de prendre le métro ou le bus. Mais impossible d’en attraper un. Il ne peut pas bouger assez vite pour prendre un taxi, et personne ne respecte l’ordre d’arrivée…

Paris, c’est vraiment la capitale de l’impolitesse et de l’incivilité.

Après tout, il s’en fout. Il a tout son temps. Il en prendra un plus tard, quand tous ces gens seront partis… Il a vu un café dans la gare, il va aller prendre un café et un croissant.

Il y a un clochard qui est là, et qui fait la manche. Le clochard lui sourit et lui dit bonjour. De toutes les personnes qu’il a croisées ce matin, il est la première personne à le regarder, à lui parler et à se comporter humainement envers lui. 

Il engage la conversation. Lui demande comment il va. « Je m’en allais prendre un café et un croissant. Tu as faim? Tu veux boire quelque chose de chaud? Viens avec moi je t’invite. »

Le SDF n’en croit pas ses oreilles! On l’invite à aller prendre un café et manger un croissant! C’est bien la première fois. Du coup il prend une partie des bagages pour aider le voyageur, et les voici partis en direction du café.

Ils s’installent à une table. Le patron du café a l’air d’être moyennement heureux… Mais qu’importe! Il ne peut rien dire, il ne fait pas la manche, aujourd’hui il est un client.

Ils passent commande et prennent leur déjeuner en discutant comme de vieux amis.

Au bout d’un moment, ils décident de se séparer. Le voyageur doit poursuivre son voyage. Le rush doit être passé, il va pouvoir prendre un taxi pour se rendre à Roissy. Cet après-midi, il prend l’avion pour Montréal.

Nous sommes le 14 décembre 1998. Je m’en vais retrouver mon épouse qui est partie en « avant garde » 3 mois plus tôt.

Ce SDF m’a appris une leçon : Dans la vie, au travail et en affaire, traitez autrui comme la personne la plus importante sur terre. Et vous serez traité de même en retour.

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